Le tout dernier rapport sur la santé des abeilles, adopté par la commission Agriculture du Parlement Européen, vient d’apporter un soutien affiché aux productions agricoles favorables à l’alimentation des pollinisateurs en général et des abeilles domestiques en particulier. « Les « pâturages pour abeilles », diverses cultures fourragères et certaines productions agricoles (colza, tournesol…) fournissent aux abeilles l’alimentation riche dont elles ont besoin pour maintenir leurs défenses immunitaires et demeurer en bonne santé. »
Soutenir ces cultures est d’autant plus important qu’en France par exemple, plus des deux-tiers du miel est produit sur des parcelles de grandes cultures agricoles (colza et tournesol). Les apiculteurs sont donc conscients de l’importance de l’agriculture sur l’économie apicole. De leur côté, les agriculteurs ont intégré le rôle essentiel joué par les abeilles. En pollinisant leurs cultures, elles contribuent directement aux rendements de leurs productions. C’est donc une logique de gagnant-gagnant que les parlementaires européens ont tenu à souligner. L’amélioration sensible du dialogue entre apiculteurs et agriculteurs depuis quelques années repose en grande partie sur cette prise de conscience mutuelle du comportement des butineuses.
Un enjeu fort pour les agriculteurs et apiculteurs
Ce soutien européen arrive à point aussi bien pour les agriculteurs que pour les apiculteurs. – Les producteurs doivent faire face à des difficultés économiques et techniques dans ce type de cultures (problème de désherbage notamment).
- Les cultures de colza destinées à l’alimentation humaine ou à l’industrie (biocarburant et protéines pour l’élevage) fournissent une ressource importante pour les colonies d’abeilles. La floraison intervient effectivement fin mai-début juin, soit à une période clé pour assurer le maintien et le renouvellement des colonies estimée entre 20% et 30% chaque année. C’est pourquoi, l’enjeu est de soutenir la filière et d’encourager le développement dans toutes les régions françaises, au-delà des zones traditionnelles de production (Est du bassin parisien et Charente). Une telle évolution peut conduire à une amélioration de l’activité apicole professionnelle sur l’ensemble du territoire. Comme les agriculteurs, les apiculteurs sont attentifs aux évolutions technologiques et aux innovations variétales au service d’une agriculture durable.
- Quant à la production de tournesol, cultivée sur moins de 100 000 ha en France dans les années 1970, elle a connu une expansion rapide pour passer à 1 million d’hectares en 1996. Depuis, les surfaces de tournesol connaissent une lente érosion malgré une légère remontée en 2009 où l’on comptait 720 000 ha.
La biodiversité, c’est l’affaire de tous
Le Président de la commission Agriculture du Parlement Européen, Paulo De Castro, a souligné que l’amendement consacré au rôle incontournable des acteurs du monde non agricole en faveur de la biodiversité a été adopté à une très large majorité, au-delà des visions partisanes. « Les actions en faveur de la biodiversité sont aussi indispensables dans le secteur non agricole, que les dépendances vertes routières, les abords de voies ferrées, les tranchées forestières des réseaux de transport d’énergie et les jardins publics et privés représentent des surfaces considérables sur lesquelles des modalités de gestions raisonnées peuvent augmenter fortement la ressource en pollen et en nectar pour les abeilles et les insectes pollinisateurs et que ce développement doit se réaliser dans le cadre d’un aménagement du territoire harmonieux et garantissant notamment la sécurité routière. » Pour le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, cette prise de position claire et quasi-unanime des parlementaires européens est une invitation à poursuivre son action engagée aussi bien avec le monde agricole (jachères apicoles, intercultures mellifères, conjugaison efficace entre agriculture et biodiversité) que les pouvoirs publics (gestion des bords de routes en partenariat avec le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement), les entreprises (gestion des tranchées forestières en partenariat avec RTE) et les collectivités territoriales.